« Figures de Tango », jusqu’au 13 mars

L’exposition « Figures de tango » s’est ouverte à Saint-Just le Martel, dans la banlieue de Limoges, le 11 décembre et sera visible au Centre International de la Caricature, du Dessin de Presse et d’Humour jusqu’au 13 mars.

Cette exposition présente une centaine de caricatures de monstres sacrés du tango sous la patte de Hermenegildo Sabat, le dessinateur du quotidien argentin « Clarin », particulièrement inspiré par les visages des emblématiques bandonéonistes et compositeurs Anibal Troilo et Astor Piazzolla. A leurs côtés, une trentaine de planches originales de la BD de José Muñoz et Carlos Sampayo consacrée à Carlos Gardel, une « biographie subjective » (sic) parue chez Futuropolis, qui fait écho à celle de Billie Holiday, proposée chez Casterman par les mêmes auteurs en 1991. Muñoz a associé à ses planches dans l’exposition de Saint-Just une trentaine de dessins et lavis comme autant de close ups, d’interprétation de la BD elle-même.

Enfin, le collectionneur Helio Torres a offert aux regards une centaine de partitions anciennes qui attestent de la présence massive du tango dans la culture populaire argentine de la première moitié du vingtième siècle. Les dessins de couverture parlent d’eux-mêmes et prouvent que le tango chroniquait alors à sa façon tous les aspects du quotidien, des plus graves aux plus légers.

Le Centre de Saint-Just a souhaité animer son lieu d’exposition en partenariat avec « Tango à vivre », association limougeaude qui proposera les 17 et 31 janvier, 7 et 21 février, des ateliers et des initiations. Le 7 février, l’atelier se prolongera par un bal et un concert. Enfin, une nuit du cinéma-tango rassemblera les tangueros le vendredi 6 mars.

L’exposition a été conçue et coordonnée par l’auteur de ce blog, qui en a signé le catalogue (140 pages couleurs, 24,90 euros), disponible auprès du Centre International de la Caricature du Dessin de Presse et d’Humour, 7, route du Château-d’Eau Saint-Just-le-Martel, 87590.

Chau, Negro!

Rubén Juárez est mort le 31 mai dernier et depuis, le tango n’est plus le même. Le « Negro »  Juárez avait 62 ans. Il était pour l’auteur de ces lignes un de ceux qui personnifient le tango, immense artiste et grand bonhomme. Nous l’avions vu bien des fois en concert, la dernière à Paris le 10 novembre 2009, à L’Ermitage. Nous le savions malade, mais n’imaginions pas une seconde que nous ne le retrouverions pas, l’été venu, à Buenos Aires ou à La Falda, dans ces sierras cordobeses près desquelles il vivait, à Villa Carlos Paz. C’était évident, nous allions très vite le revoir sur scène…

"El Negro Juarez" en concert à La Falda (photo JLT)

Mais il nous a quittés. « Le tango et tout le reste », titrait Pagina 12, rendant hommage au bandonéoniste-chanteur-compositeur, qui brûla la chandelle de son art et de sa vie par tous les bouts. « Il manque au tango un bandonéon et une voix » poursuivait le quotidien. Clarin évoquait un talent « entre classicisme et rénovation », tout le chagrin et la tendresse ayant entouré sa veillée funèbre et livrait quelques mots d’artistes dont il était proche, dont Guillermo Fernandez : « Il est de ceux qui deviennent éternels. Comme Gardel et Piazzolla ».
Je prépare aujourd’hui avec l’association Beltango d’Issy-les-Moulineaux une milonga qui lui rendra hommage, le dimanche 7 novembre, de 15 à 20 heures à l’hôpital Corentin Celton. Nous essaierons de dire qui il était, « Juárez ou le Tango extrème », via des extraits de concerts et un très beau texte que lui a consacré sur son blog notre ami Alejandro Szwarcman, « El Ultimo ». Le voici en français :

« S’il s’agit de croire tout ce que disent les journaux, alors il est exact que le 31 mai dernier est mort Rubén Juárez. Chacun peut penser qu’il s’agit là d’un nouveau mensonge de la presse tabloïd, d’une nouvelle plaisanterie douteuse née de quelque chroniqueur peu scrupuleux. Mais non, c’était simplement vrai.
J’ai tenté ces derniers jours d’entamer quelque chose de l’ordre de l’article ou de la catharsis, et si le chagrin et l’affliction ne m’en empêchent pas comme maintenant,  j’espère sincèrement pouvoir conclure ce qui aspire à être au moins un modeste hommage déguisé en texte.
Les talents comme celui du Negro n’admettent pas les demi-teintes et tièdes considérations, et évidemment, je ne serai pas objectif.  On ira jusqu’à me trouver injuste.  Mais j’ai la sensation que son départ a fermé une vanne que le tango ne parviendra plus à ouvrir.
Pour user d’une métaphore pugilistique bien éculée mais très proche des porteños, je sens que la Mort a mis le tango KO.
C’est ce que je ressens.
Le Dernier s’en est allé.
Celui qui, dans chaque chanson portait son public au bord de précipices émotifs, est parti. Un jour, à la sortie d’un concert au Teatro Roma d’Avellaneda, le poète Eugenio Mandrini me glissa : « Rubén Juárez est un chanteur redoutable ». Il voulait dire que l’on devait craindre ce type qui montait sur scène tout de noir vêtu pour jouer au chat et à la souris avec la Mort. Parce que le Negro -c’est vrai, je ne mens pas, le l’ai vu- empoignait l’Innommable par le colback, l’enfouissait dans son bandonéon, lui collait une paire de claques et puis la caressait, lui faisait l’amour et à la fin de chaque tango, la jetait au public comme la lavette qu’elle était devenue.
Tel était le Negro Juárez. Au moins le Negro Juárez que j’ai vu.
Les mesquins, les misérables qui sont toujours là, disent que les excès lui avaient dérobé ces dernières années l’allant, le brio de ses débuts. Une stupidité. Rubén avait gagné en interprétation, en délire, en nuances, au bout du compte, d’artiste reconnu il s’était converti en maestro de la scène, beaucoup plus qu’un simple chanteur. Sans même ajouter qu’il fut à mon avis le plus excitant, le plus remarquable bandonéoniste que je vis sur scène. Il n’y a pas eu dans l’histoire du tango d’artiste comme Rubén Juárez.

Que les académiciens, les collectionneurs, les analyseurs de chiffres et hiéroglyphes me pardonnent pour ce que je vais dire, mais je crois qu’après Gardel, le Negro fut le plus grand. Aucun doute là-dessus. Seule la décadence du tango et l’exode des secteurs les plus humbles de son public vers d’autres musiques l’ont privé de devenir un mythe. Le tango, parfois proverbial ou sentencieux, parfois mélancolique, a toujours exhibé une longue liste de « Derniers ».
Le dernier orgue de barbarie, Le dernier verre, Le dernier café, La dernière marche, et d’innombrables etc… apportent la preuve que dans la structure de l’inconscient portègne a toujours affleuré la conception d’un temps segmenté, métaphysique, sans équivalent.
Nous ne mesurons pas encore les conséquences du départ du Negro. Il nous reste de très bons musiciens, de très bons chanteurs, mais j’ai la sensation -bien que cela semble évident-, que quelque chose s’en est allé pour toujours.
Sûrement, un poète dans quelque lointain café de Constitución ou Villa Pueyrredón aura déjà pleuré une élégie pour le Negro Juárez.
Je n’arrive pas à écrire quoi que ce soit. La peine me paralyse.
A peine parviens-je à terminer cette page chaotique.
Si je parvenais à écarter l’angoisse, je lui dédierais un tango au titre sans équivoque : « El Ultimo », Le Dernier.
Aussi simple que ça : « Le Dernier »
Il n’en viendra plus de pareil.
Salut bien le tango, Negro!
Et je n’en dis pas plus. »
Buenos Aires, 7 juin 2010

Ils font, ils sont le tango…

Depuis quelques années déjà, je collabore -épisodiquement… ou régulièrement-, à deux publications consacrées au tango : La Salida et Toutango.
J’y ai publié chroniques, reportages ou portraits d’artistes dont j’ai eu plaisir à défendre le travail. J’ai effectué ci-dessous une sélection de ces articles. Vous pourrez y découvrir les artistes suivants…

Parus dans La Salida

Guillermo Fernandez, festival de La Falda -2007- Photo JLT

GuillermoFernandez, Deseo

Aureliano Marin, Photo JLT

Aureliano Marin, Alfredo Piro

Alejandro Szwarcman, atelier d’écriture

Ciclo Tango Contempo

Tomas Gubitsch

Ruben Juarez enchante L’Ermitage

Ruben Juarez, photo JLT

Leonardo Sanchez, Eduardo Garcia

Interpretation masculine, tendances

Entretien avec J J Mosalini

L harmonica et le Tango

Susana Rinaldi à La Falda (photo JLT)

Susana Rinaldi

Sandra Rumolino

R Juarez, C Zarate, de concert

Cafe de los maestros

Alejandro Schwarz

Les guitares du tango