Un jour, un match, un tango

LE TANGO EMBRASSE LE « FUTBOL »
(UNE SERIE REALISEE PENDANT LA COUPE DU MONDE 2010)

Aujourd’hui, 11 juillet : « EL HINCHA »
On pourrait penser que tous ces souvenirs des heures héroïques du foot argentin légendées par le tango n’éveillent plus grand-chose autour du rio de La Plata. De fait, à quelques rares et belles exceptions que nous avons mises en avant ici même, on n’écrit plus guère de tangos pour célébrer le football. Pourtant, un lien sentimental entrelace encore ces deux passions. Une jeune chanteuse de tango, Victoria Morán, n’a pas craint d’inviter ses amis sur Facebook, à soutenir la sélection de Maradona avant son quart de finale contre l’Allemagne en appelant à la rescousse Enrique Santos Discepolo. Elle a partagé via « youtube » un passage du film « El hincha » (le supporter) dont ce très grand auteur des années 1930 mais aussi scénariste, comédien… tient le rôle-titre . Dans un très bref extrait, on le voit s’enflammer : « Le supporter est l’âme de ses couleurs… il est celui qu’on ne voit pas, celui qui donne tout et n’attend rien, c’est cela un supporter. Et c’est moi! »
Merci donc à Victoria Morán de nous avoir permis d’inviter le grand Discepolo dans notre petite chanson de gestes qu’il rejoint très naturellement car le cinéma argentin lui-même a beaucoup fréquenté et illustré son football. Outre ce film de Manuel Romero (1950), il faut au moins signaler l’incontournable « Pelota de trapo » (ballon de chiffon), de Leopoldo Torres Ríos (1948).

hier, 10 juillet : « GRITANDO EL GOL »

Foot et Tango, vu par http://www.10tango.com

Voici l’avant-dernier tango futbolero de notre promenade sportivo-culturelle. C’est une milonga de Juan Puey, chanté par Luis Correa et l’orchestre de Juan Puey. Nous avons croisé très vite ce compositeur dans la compétition puisqu’il a signé notamment la musique de « El sueño del pibe ». Cette milonga est dédiée à l’équipe championne du monde en 1978, elle s’appelle « Gritando el gol »et célèbre l’équipe de César Luis Menotti, la tension qui monte avant l’explosion de joie liée au but. Evidemment, elle n’évoque pas le contexte politique du « Mundial 78 ». Il a d’ailleurs fallu trente ans pour que l’AFA (la fédération argentine) s’associe aux organisations de défense des Droits de l’homme dans une célébration commune du titre mondial et du respect de ces droits. Cela s’est fait à l’été 2008 (reportage vidéo en page d’accueil de ce blog).
Mais à la veille de clore notre coupe du monde en tangos, nous devons à nos lecteurs un mot sur nos sources. Nous avons repris et enrichi la base de nos propres investigations pour le livre « Footango, les muscles du tango » (Atlantica, 2002), en piochant des anecdotes que nous avions parfois délaissées dans nos entretiens avec Hector Negro, César Luis Menotti, Victor Hugo Morales, Milena Plebs… et d’autres témoins rencontrés depuis, au fil du temps, comme « Cholo » Montironi qui nous livra un souvenir très personnel sur Maradona, ou Gustavo Mozzi, hincha de Racing qui nous fit connaître « La Acadé… por siempre Racing ».
Pour les textes des tangos, nous nous sommes principalement référés au site encyclopédique « Todo tango », un des liens permanents de ce blog avec l’excellent site, davantage tourné vers l’actualité du tango, qu’est 10tango.com, qui a lui-même salué le tango dans le football avec un petit article au début de cette Coupe du monde. C’est à lui que nous empruntons d’ailleurs notre visuel de ce jour. Pour la musique, nous avons essentiellement travaillé avec la compilation « Tango y futbol » du regretté Oscar Himschott, qui avait abordé le sujet dans sa revue « Club de tango » (article d’Hector L. Lucci). « Tango reporter » livra également un excellent article « Los dos berretines : Tango y Futbol », de Enrique Fliess. Nous nous sommes enfin tournés vers les sites des clubs et pour les aspects plus socio-historiques, principalement vers deux ouvrages « Tango y futbol, dos pasiones argentinas », d’Ernesto Ziperstein, et « El nacimiento de una pasion », d’Alejandro Fabbri. Quant aux reproductions de partitions, elles viennent pour l’essentiel de nos recherches à la bibliothèque nationale à Buenos Aires.
Nous avons essayé de mettre autant de passion que de sérieux dans cette page. Notre récompense serait que les lecteurs qui ont pu connaître des sources nouvelles (ou pas) nous ayant échappées, des tangos traitant du même thème que nous aurions négligés, ou qui auront relevé des erreurs de traduction manifestes (traduire est un métier, traduire la poésie, même populaire, est une épreuve…) n’hésitent pas à nous le faire savoir. Ils contribueront à un salutaire travail d’enrichissement et de correction.

9 juillet : RETOUR A « RIVER PLATE »

A la veille des deux derniers matches du Mondial sud-africain, il fallait revenir un peu vers le CA River Plate, dont nous avons beaucoup accompagné les stars du passé à travers ce blog, et qui, à lui seul, a provoqué un élan créatif imposant parmi les auteurs de tango. On passera au large de cet « Himno al Club Atletico River Plate » enregistré en 1931 par l’orchestre de Francisco Canaro avec Domingo Conte mais surtout adapté du classique du music-hall « It’s a long way to Tipperary »… Et l’on peut zapper aussi le « River Plate solo » dont nous reproduisons ici la partition. Si l’on cherche un vrai tango, mieux vaut tendre l’oreille vers le « River » de Leopoldo Diaz Velez gravé par l’orquestre d’Armando Pontier avec Jorge Cacho Fontana ou vers la pimpante milonga « River Plate » de Pedro Bustos E. Ciancio, chanté par J. Portal avec l’orchestre d’Osvaldo Requena, maestro du clavier tanguero récemment disparu. « River Plaaaaate, gran señor del deporte… », dit la milonga. Pas besoin de traduction.

8 juillet : « DESDE EL TABLON »

Hector Negro a été avec Horacio Ferrer et Eladia Blazquez un des auteurs qui a rénové le répertoire poétique du tango dans les années 60-70. Il est aussi un supporter indéfectible d’Independiente et plus généralement un très grand amateur de football. Nous avons déjà évoqué ses poèmes dédiés au ballon rond, il en a signé plusieurs recueils qui vont bien au-delà des hommages plus ou moins bien versifiés aux clubs ou vedettes qui constituent une grande partie de ce singulier répertoire tanguero. Non seulement Negro est un vrai amateur, mais c’est d’abord un vrai poète et ce « Desde el tablon » (Dans la tribune) de 1971, mis en musique par Osvaldo Arena, le prouve aisément. Le poète y déverse l’odeur de la pelouse et le délire des tribunes mais plus encore le lien charnel autant qu’existentiel qui le relie à ce sport, ce bonheur par procuration que lui ont offert les exploits des grands buteurs. Cette pièce fut le générique musical d’un programme télévisé de l’époque de la chaîne Canal 11, « Polémique dans le football ».
« J’ai empli ma poitrine de l’air du terrain vague/ J’ai trépigné comme un fou sur les planches de la tribune/ Et mon chant fut un refrain footballeur/ Ce premier chant, ce cri du coeur./ Je n’ai jamais trouvé qui puisse m’offrir meilleure fête/ Que ces dimanches attendus comme le soleil/ Ce délire de suivre mes couleurs/ Et la joie explosant à chaque but./ Oui, mon jouet préféré/ fut tout rond./ A chaque duel/ On s’exténuait/ Puisqu’en fin de compte, je n’ai trouvé que cette/ Façon de gagner./ Mon enfance a cheminé vers ce ciel/ A travers toute cette boue que j’ai du esquiver./ Et tous les dimanches, je reviens encore et encore/ chercher cette revanche que la vie me refuse./ J’ai vu ces buts que l’on raconte aux petits-enfants/ Et ces loupés qu’on préfère oublier./ J’ai déchiré ma carte de supporter quarante fois, c’est sûr/ mais pour autant jamais on ne me vit déserter./ Parce que mes obsessions de buteur fou,/ Je les ai rangées de ce côté-ci du grillage./ A chacun de mes cris, je fais s’éparpiller/ les miettes de mon âme qui retombent en poussière. » Je n’ai malheureusement pas pu me procurer un enregistrement de cette pièce.

7 juillet : DE « TARASCA SOLO » A « MUMO » ORSI

"Mumo" Orsi

C’est le très bel orchestre d’Osvaldo Fresedo qui est convoqué sur la pelouse aujourd’hui, pour nous offrir ce « Tarasca solo » dédié à Domingo Tarascone, une des vedettes de Boca Juniors dans les années 1920, attaquant protée capable de s’adapter à plusieurs postes tant en club qu’en sélection nationale. Ce tango, chanté par A Buglione, appartient à B. Germino et J De Grandis et a été enregistré en 1928. Mais Fresedo, « el pibe de la Paternal », ne s’est pas contenté de saluer cette grande figure. Il a aussi enregistré un « Ochoita », en l’honneur de Pedro Ochoa, star du Racing Club à la même époque, admiré par Carlos Gardel, et un « Orsi », sur une musique de son bandonéoniste Pastor Trivelli et des paroles de Marcos Mendez. Cette dernière pièce célèbre Raimundo Orsi, dit « Mumo » (photo), qui fut vraiment la quintessence du footballeur tanguero, puisqu’on le retrouve violoniste dans l’orchestre de Francisco Canaro, dirigeant ensuite son propre orchestre et ses compositions avant de se consacrer exclusivement au football. Champion d’Argentine en 1926 avec une équipe d’Independiente qui termina la saison invaincue, il disputa deux coupes du monde, celle de 1930 sous le maillot argentin, puis celle de 1934 pour l’Italie, dont il avait rejoint le championnat. Il termina cependant sa carrière en Amérique du Sud, au Peñarol de Montevideo. Issu d’une famille d’artistes, « Mumo » Orsi offrit véritablement tout son talent aux deux passions qui animent ce blog. Un maestro, « Mumo »!

6 juillet : « AGARRALA DE VOLEO ! »
Vas-y mon gars, « Reprends là de volée! », ils seront sans doute nombreux les Uruguayens, à espérer ce soir la reprise de volée qui éteindra les ambitions des Pays-bas. Si elle survient, elle expédiera la « Celeste » en finale du Mondial, où elle n’est plus apparue depuis l’épreuve inaugurale jouée à domicile en 1930. Sa victoire en 1950 a été déterminée en effet par une poule finale à quatre, où les Uruguayens enlevèrent le match décisif face au Brésil (2-1) au Maracana, mais ce n’était pas une « vraie » finale. Ce tango « Agarrala de voleo », de C. Toucedo, F Vázquez et Jasper, est chanté par Roberto Echagüe avec l’orchestre Los Grandes del Compas. Et bien cadencé comme il se doit.

5 juillet : « EL MORTERO DEL GLOBITO »

Et la montgolfière alors? « El globo » de Jorge Newbery, l’aérostier dont l’aéroport en plein Buenos Aires porte le nom? C’est le symbole de Huracán, vieux club du quartier de Parque Patricios et éternel rival de San Lorenzo. S’il n’a pas la magnitude des cinq grands, L’Ouragan n’est pas loin derrière. L’actuel marseillais Lucho Gonzalez a porté ses couleurs, César Luis Menotti était son entraîneur lorsqu’il fut champion en 1973 et l’équipe comptait alors de futurs champions du monde comme René « El loco » Houseman ou Osvaldo Ardiles. Après une sérieuse éclipse, Huracán est revenu aux avants-postes de l’élite argentine.
Et le tango bien sûr, en a célébré les grands noms, comme dans ce « El mortero del globito », tango de Miguel Padula et Francisco Garcia-Guimenez, chanté par Nico (un pseudonyme pour Alberto Gomez) avec l’orchestre Típica RCA Victor.
Ce tango évoque Herminio Masantonio (photo), buteur historique du club, numéro 9 décrit en ces termes: « Si Masantonio tire au but/ On ne peut rien y faire/ Il y a déjà but ». Imparable, en effet. Jaime Lema, le gardien surnommé « Lemita » ou « Raton Mickey », a lui aussi connu l’honneur d’un tango éponyme dans cette pièce du même orchestre, écrite par Padula et Adolfo Dispagna. « Quand arrive le ballon/ dans un rugissement souverain/ d’un coup d’œil et de ses mains/ Lema éteint sa fureur » dit le texte. On ne donne pas dans l’euphémisme du côté de Parque Patricios.

4 juillet : « ARGENTINA, CAMPEON! » (SI, si…)

Angel Labruna

Allons, allons, ce ne sera pas pour cette fois mais la victoire reviendra et l’élimination de l’Argentine par l’Allemagne (4-0) ne doit pas nous endeuiller tout de même. On comprend la tristesse de Diego et ses 23 chicos mais c’est du foot, juste du foot. Demain sera un autre jour, avec un autre match, un autre tango car si le foot parfois déçoit, le tango lui, ne nous trahit jamais. La preuve avec ce « Argentina campeon » que nous aurions préféré réserver pour le 11 juillet, jour de la finale, mais on ne va tout de même pas s’en priver! Ce tango d’Osmar Maderna, chanté par O. Casares avec l’orchestre de Maderna s’ouvre sur la voix de Roberto Moreno qui commente la victoire argentine lors du championnat sud-américain de 1955. Moreno cite notamment Angel Labruna, une des grandes stars de River, qui participa à la conquête de ce titre et souligne « la grande performance de la défense ». Hum, hum… finalement, on ne peut pas dire que ce tango-là soit totalement d’actualité.

3 juillet : « LOS DIABLOS ROJOS »

Arsenio Erico, hommage philatélique

Dans les premiers jours de cette Coupe du monde, nous avions évoqué le classique d’Agustin Bardi, « Independiente ». Le quart de finale Espagne-Paraguay de ce samedi nous permet de revenir vers les « Diables rouges », dont l’histoire a généré beaucoup de pièces dédiées au club ou à ses vedettes, parmi lesquelles Arsenio Erico, un buteur paraguayen qui portait l’attaque lorsque le CA Independiente enleva son premier titre de l’ère professionnelle argentine en 1938. Erico fut le meilleur buteur du championnat en 1937, 38 et 39 et le total de ses réalisations (293 en 332 matches) n’a toujours pas été battu. Nous pouvons le saluer avec ce tango, « Los diablos rojos », de H. Varela et A. Nery, interprété par l’orchestre de Hector Varela et enregistré chez Pampa en 1953.
Mais on pourrait s’appuyer aussi sur « Diablo rojo », de Manuel Abrodo et Luis Tato, composé en l’honneur d’Antonio Sastre, joueur ultra polyvalent, ou encore « Capote », titre reprenant le surnom d’une autre gloire, Vicente De La Mata, également coéquipier d’Erico en cette glorieuse époque. Le bandonéoniste Juan Sanchez Gorio et le parolier Nolo Lopez saluèrent dans ce titre évoquant le mouvement de cape du torero pour esquiver la bête, un but absolument « maradonesque » réussi par De La Mata le 12 octobre 1939 sur le stade de River Plate (victoire d’Independiente 3-2). « Capote », recevant la balle de son gardien, dribbla la moitié de l’équipe adverse (Wergifker, Minella, Vassini, Santamaria et Cuello ou, selon une autre source, Moreno à la place de Wergifker) avant de marquer dans un angle totalement impossible. Du grand art, dont s’inspirèrent les Diables des générations suivantes, dont Bochini, « El Bocha », déjà salué dans ce blog le 27 juin.

2 juillet : « PINCHARRATA, LA COPA ESTA EN LA PLATA »

Boca, River, Independiente, San Lorenzo et Racing, nous avons évoqué au long de cette Coupe du monde ceux que l’on appelle les « cinq grands » du foot argentin. L’expression est passée dans le langage commun mais elle est née avec la constitution du foot pro dans les années 30, où ces clubs étaient les seuls à réunir les trois conditions permettant de disposer de trois voix au conseil directeur de l’AFA : posséder au moins 15000 socios, avoir disputé les tournois majeurs depuis au moins vingt ans consécutivement et avoir remporté au moins deux championnats.
Qui est le sixième grand? Estudiantes de La Plata revendique cette position depuis longtemps, avec force et non sans arguments. Newell’s Old Boys, Rosario Central, Huracán et Vélez Sarsfield la lui contestent mais avec quatre titres de champion (1967, 1982, 1983, 2006) et un enchaînement spectaculaire champion d’Argentine 1967, vainqueur de la Coupe Intercontinentale 1968 (contre Manchester United, 1-0, 1-1) et de la Copa Interamericana 1969, La Plata est à la corde. Le championnat 2006 et la quatrième Copa Libertadores du club en 2009 (après le triplé 1968, 1969, 1970) ont ravivé la flamme d’Estudiantes avec la génération conduite par Juan Sebastián Verón, de retour après dix ans de carrière européenne et le vétéran le plus respecté de l’actuelle sélection de Diego Maradona en Af’Sud, même s’il est à l’évidence sur le déclin.
« La Brujita », surnom hérité de son père Juan Ramón, lui-même grande figure du club alias « La Bruja », a donc fait ruisseler de bonheur les hinchas d’Estudiantes l’an dernier et réveillé l’écho de ce « Pincharrata » écrit par Alfredo De Angelis et Juan Angel Pomati et enregistré par l’orchestre De Angelis en 1969. La partition reproduite est celle d’une autre pièce, portée par Jorge Sobral. Un dernier mot pour expliquer ce surnom de « pincharrata » qui désigne les supporters de La Plata: nombre d’entre-eux étaient traditionnellement des étudiants en médecine, ceux qui « épinglent (pinchar) les rats » pour les disséquer…

1er juillet : « TARZAN CARRIZO »

Nous les avions un peu oubliés dans notre panthéon rétro des vedettes du foot argentin. Il est vrai qu’à force de célébrer les goooooooools!!!! et ceux qui les marquent, on finit par oublier ceux qui les encaissent. Et qui, parfois, empêchent qu’ils soient marqués! Il était donc bien temps, à l’heure où la Coupe du monde pourrait nous gratifier d’une ou deux séances de tirs au but, de rendre hommage à un gardien. Celui-ci fut l’un des plus grands, il s’appelle Amadeo Raul Carrizo mais son agilité était telle qu’on le surnommait « Tarzan ». Il garda la cage du grand River Plate avec qui il gagna cinq championnats entre 1952 et 1957 et celle de la sélection lors du Mondial 1958 où il connut l’infortune d’encaisser six buts contre la Tchécoslovaquie (1-6). Sa carrière fut cependant riche de performances autrement plus mémorables. Il méritait donc bien ce « Tarzan Carrizo », de L.D Velez chanté par Alberto Podesta avec l’orchestre d’Armando Pontier, autant dire une équipe de première division tanguera. Les paroles saluent: « Ce gardien merveilleux/ qui de Rufino à River Plate/ Pour tous ses exploits est aujourd’hui célèbre./ Et ce colosse en vaut bien dix/ La bravoure de son allure si « tarzanesque » / Lui a valu ce surnom si populaire./ Depuis le Kop qui le vénère/ On entend crier: Tarzan! Tarzan! »
Pablo Aslan, contrebassiste argentin basé aux Etats-Unis a lui aussi dédié une pièce « Amadeo » au goalkeeper de River, sur le disque de son sextuor « Avantango » paru en 2004 (Zoho Music). Cette référence très contemporaine se justifie d’autant plus que Carrizo fut considéré comme un des précurseurs du jeu moderne pour son poste : l’un des tous premiers à porter des gants, à quitter ses dix-huit mètres pour intervenir au pied devant les attaquants. Il inspira notamment Higuita et Chilavert.

30 juin : VARALLO, « AZUL Y ORO »

"Pancho" Varallo

L’Italie a quitté la Coupe du monde mais l’Argentine poursuit sa route avec dans ses bagages la trace des mouvements migratoires qui ont tissé des liens profonds entre les deux pays, jusque dans le football. N’est-ce pas à Buenos Aires, à l’embouchure du Riachuelo, dans ce quartier de La Boca, qu’a grandi et prospéré le plus italien des clubs de football hors d’Italie : Boca Juniors? Très vite, la musique populaire a célébré le club: dès 1916, José Quevedo compose Boca Juniors Club, enregistré par Roberto Firpo. En 1931, lorsque les « Xeinenses » gagnent le premier championnat pro de l’AFA (suivi par River, puis San Lorenzo, avant que Boca ne réussisse un doublé), Alfredo Bigeschi leur dédie un « Campeon! Boca Juniors ». Bien d’autres hommages tangueros suivront. Nous vous avons déjà présenté celui de Miguel Calo, « Boca Juniors » (1954), mais deux ans plus tôt, José Basso avait proposé « Once y uno », un hommage au « douzième homme » de l’équipe, la hinchada qui chante ses couleurs dans les tribunes de la Bombonera.
Nous avons préféré aujourd’hui vous proposer ce « Azul y oro » enregistré par l’orchestre de Juan D’Arienzo, une formation adulée des danseurs de l’âge d’or, la reine de la cadence. Ce sera l’occasion de célébrer en musique l’année du centenaire de Francisco « Pancho » Varallo, le dernier survivant de la sélection argentine qui disputa la finale du Mundial 1930 en Uruguay. Varallo, né le 5 février 2010, débuta sa carrière pro à Boca.
Il était à la pointe de l’attaque « bleu et or » au côté de Roberto Cherro lors des campagnes victorieuses des années 1931-1935 et fut longtemps le meilleur buteur du club dans l’ère professionnelle, avant d’être détrôné en 2009 par le faiseur de miracles de Diego Maradona, Martin Palermo. Trois tangos au moins ont été dédiés à Pancho Varallo : « Varallo », de José María Bagnatti, « El Cañoncito de La Boca », de Italo Goyeche et « Varallo! Varallo! », de J. F. Grosso (paroles) et M. Ostinelli (musique). Une légende vivante!

29 juin : « AL AMIGO ADOLFO PEDERNERA »

La Coupe du monde avance en Afrique du Sud et l’on attend que les stars poussent désormais leurs équipes vers le trophée. L’Argentine d’aujourd’hui compte sur Messi, Tevez, Higuain… Notre promenade nostalgique continue de nous tirer, elle, vers les grands noms du passé. Après avoir célébré El Bocha, Ferreyra, Moreno, nous devons saluer un avant-centre qui débuta sur l’aile gauche et apparut à 16 ans en première division, un des très grands noms de River Plate, Adolfo Pedernera, dont la notice biographique sur le site du club dit la magnitude du joueur et le caractère trempé de l’homme, à la fois buteur patenté et syndicaliste convaincu du football de son temps, leader d’une grève restée célèbre en 1948-49.
Bien entendu, le personnage a été salué par le tango ,via cet instrumental nerveux et d’inspiration piazzollienne « Al amigo Adolfo Pedernera », que lui a consacré le célèbre bandonéoniste Ernesto Baffa. Pedernera, comme son coéquipier de la Maquina de River, Moreno, était tanguero dans l’âme, grand admirateur de Troilo. Il accompagnait El Charro sur les pistes mais plutôt emprunté et raide, n’eut jamais l’allant et le charisme milonguero de son pote. Timide, discret, Pedernera préférait écouter la musique.
Buteur (131 buts en 287 matches avec le CARP) et plus encore stratège d’une formation avec qui il fut 5 fois champion d’Argentine entre 1935 et 1946, Pedernera poursuivit sa carrière avec Atlanta, Huracan et surtout en Colombie (Millonarios) avant de devenir entraîneur. Il porta à vingt reprises le maillot de la sélection argentine et la dirigea très brièvement (4 matches). Lors d’un entretien avec César Luis Menotti, le sélectionneur champion du monde nous avait confié cette anecdote : « Peu avant sa mort (en 1995), Pedernera se trouvait dans un bar où jouait Virgilio Exposito. Il s’était installé très discrètement, mais dès que le pianiste l’a vu, il s’est levé pour le saluer, s’excusant de ne pas l’avoir fait plus tôt. C’était un personnage, Adolfo, un grand. Lorsqu’il était en Colombie, on avait affiché dans une usine un écriteau : « interdiction de parler de Pedernera ». Sinon, les gens arrêtaient de bosser ». Pour parler foot ou revendications?…

28 juin: « ADIOS AL GASOMETRO »

Nous avons beaucoup évoqué jusque là les personnages et les clubs de football célébrés par le tango. Les lieux aussi, ont leur importance, en l’occurrence les stades. Le « Vieux Gazomètre » de San Lorenzo a suscité une affection sans pareille, une immense amertume aussi lorsqu’une société française de grande distribution a élevé à la place des vieilles tribunes de bois, au numéro 1700 de l’avenue de La Plata, son supermarché. La mémoire footballistique du vieux quartier de Boedo fut ainsi amputée de sa vieille pelouse et de ses plus beaux souvenirs. Mais les hauts faits des joueurs d’El Ciclon furent pieusement préservés dans ce tango « Adios al gasometro », écrit par O. Rizzo, C. Marzan et A. Cereminati, chanté par Carlos Reyes, avec l’orchestre Rizzo-Marzan. Il accompagne la vidéo ci-dessus, dédiée au stade où le club disputa son ultime partie le 2 décembre 1979 contre Boca Junior (0-0).
L’histoire ne s’est pourtant pas arrêtée là. Après quatorze années d’exil forcé, San Lorenzo a retrouvé en 1993 une cancha nommée Pedro Bidegain, en l’honneur d’un ancien président du club, avant d’être très vite désignée comme « Le nouveau Gazomètre ». La même bande de musiciens ne pouvait pas faire moins que de lui dédier un second tango… Celui-là est chanté par Siro San Román. Ecoutez El nuevo gasometro

27 juin : « PARA EL BOCHA »

Maradona témoignant tout son respect à Bochini lors d'une réception officielle de la présidence argentine

Tous les jeunes footballeurs ont leur idole, leur modèle, qui Pelé, qui Zidane, qui Maradona -surtout Maradona, n’est-ce pas?-. En ce dimanche où l’Argentine va disputer son huitième de finale face au Mexique, il faut donc se souvenir que même Maradona a eu un modèle. Il s’appelait Enrique Ricardo Bochini et fut l’idole d’Independiente. Né à Zarate (province de Buenos Aires) en 1954, ce milieu offensif guida Los Rojos de 1971 à 1992 et disputa la Coupe du Monde 1986 avec le pibe de oro, mais dans un rôle de remplaçant car Bilardo fit plutôt confiance à Jorge Burruchaga. El Bocha, comme on l’appelait, fit sa réputation sur sa capacité à déséquilibrer une défense par la passe décisive, art subtil qu’il maîtrisait à la perfection et enchanta le jeune Diego.
Le tango n’est pas passé à côté de ce talent d’exception. Nous vous proposons ici « Para el Bocha », une pièce écrite par L. Ranieri et L.D. Velez, interprétée par P. Boeto avec un accompagnement de guitares et bandonéon. Mais d’autres hommages ont été rendus par la musique rioplatense au champion d’Independiente à qui il offrit notamment quatre Copa Libertadores. On relève un « Tango para Bochini » d’E. Baffa et J. Vallejos et on ne saurait oublier les poèmes de Hector Negro, hincha d’Independiente, grand parolier du tango qui consacra plusieurs recueils à son sport favori et, bien sûr, à la figure majeure de son club de coeur. Il signa notamment ces « Diez estrofas para un diez » (10 strophes pour un 10) en 1997 où il écrit:
« Qui pourra te retourner tant de bonheur?
Te rendre cet instant si jouissif
Que nous donnèrent, cher Bocha, à l’unisson
La balle et tes pieds qui semblaient chaussés de gants?
Tu auras comblé tant d’après-midis maussades
Les enluminant d’arabesques et d’inspirations
Qui dénouaient malchance et angoisses »

26 juin : « LA FIERA »

« Le meilleur buteur du championnat est toujours le poète de l’année », a écrit… Pier Paolo Pasolini. Cette citation cueillie dans un dossier sur le football et la littérature publié à l’occasion du Mondial 2006 par « Ñ », le supplément culturel du quotidien argentin « Clarin » est une bonne façon de poursuivre notre revue d’effectif des légendes du foot argentin en tangos. Toutefois, l’attaquant dont il est question ici, Bernabé Ferreyra, dit « La Fiera » (la bête), valait plus pour son physique et la puissance exceptionnelle de son tir que pour la subtilité de son jeu.

Egalement surnommé « El mortero de Rufino » (le mortier de Rufino, du nom de son lieu de naissance dans la province de Santa Fé), Bernabé fut en 1932 un transfert record lorsqu’il signa en faveur de River Plate après s’être révélé sous le maillot de Tigre. Le foot professionnel argentin se structurait pour de bon et les clubs de la capitale chassaient alors les talents un peu partout dans le pays. Bernabé fut cette année là le meilleur buteur du championnat de l’AFA, il allait totaliser 174 buts sous le maillot rouge et blanc jusqu’en 1939, avant de se reconvertir comme acteur de cinéma jouant alors de la renommée acquise sur les terrains.

Le bandonéoniste Anibal Troilo, hincha de River jusqu’à son dernier souffle, put dire de lui : « C’est indiscutable. Il n’y a eu qu’un seul Leguisamo (célèbre jockey ami de Carlos Gardel), qu’un seul Gardel, qu’un seul Fangio, et il n’y a qu’un seul Bernabé ». Bien évidemment, le tango ne pouvait ignorer un tel personnage et dès 1933, il s’y mirent à quatre, Miguel Padula et Federico Germino pour la musique, Francisco Laino et Adolfo Pascual Dispagna pour les paroles, pour lancer ce tango « La Fiera », qu’allait aussitôt enregistrer l’orchestre de Francisco Canaro, avec la voix d’Ernesto Fama.

Le texte ne fait, on s’en doute, pas dans la demi-mesure:
« Les enfants, faites attention voici que … s’approche « la Bête »./ Gloire à toi, champion à la puissante frappe/ Déjà tant reconnu pour ta super condition./ Le football de ta Nation/ te sacre très sincèrement/ Terreur des gardiens/ pour tes contres superbes./ Hourrah! mille fois, champion/ Joueur extraordinaire,/ Tu es l’âme, le coeur/ du club des « Millionnaires ».

25 juin : « A JOSE MANUEL MORENO »


Nous rendons hommage aujourd’hui à une légende du foot argentin et à un orchestre dont le nom brille aussi au firmament du tango: d’un côté José Manuel Moreno, dit « El Charro », de l’autre, la formation Francini-Pontier qui dédia cette pièce enregistrée en 1949 à l’un des piliers de la Maquina de River Plate. Né en 1916 à La Boca, Moreno apprit à jouer dans la rue Brandsen mais devint l’idole de River faute d’avoir été retenu par le club de son barrio. Il retint en revanche de sa courte carrière pugilistique un nez cabossé à vie. Avec son coéquipier Adolfo Pedernera, le viril moustachu dont le portrait figure sur la partition ci-dessus à côté des musiciens, écumait les cabarets de la rue Corrientes et passait des nuits entières au « Marabu » : là se produisait Anibal Troilo, irréductible supporter de la Maquina où flambèrent les Muñoz, Moreno, Pedernera, Labruna, Deambrosi et un peu plus tard Loustau ou Di Stefano, qui débuta au côté du Charro. Dans ses virées assez alcoolisées, Moreno était fréquemment escorté de son père, Don José, avec qui il entretenait une relation quasi mystique, au point que lorsque ce dernier mourut, le fils acheta sa place au stade Monumental afin qu’elle reste inoccupée. Totalement extraverti, danseur brillant et inlassable, Moreno soutenait que sa vie nocturne participait de son entraînement. Son meilleur exercice ? « Le tango, affirmait-il. Tu mènes le rythme, tu en changes dans la corrida, tu te profiles, croises, tu t’exerces la taille et les jambes… » Un tel plaidoyer méritait bien ce tango-milonga que lui dédièrent le violon d’Enrique Mario Francini et le bandonéon d’Armando Pontier. Moreno joua jusqu’à 45 ans, il mourut en 1978, peu de temps après la première victoire argentine en Coupe du monde.
24 juin : « PATADURA »
Revenons vers Carlos Gardel avec ce « Patadura » mordant et très machiste. Sur la musique de Juan Lopez Ares, Enrique Carrera Sotelo a écrit un texte qui jongle avec le ballon, la virilité du jeu et la rivalité amoureuse. Le Zorzal criollo -surnom de Gardel- tourne en dérision devant ses guitares l’histoire d’un pauvre type qui rêve de faire illusion au football, se voudrait l’égal des cadors mais n’est vraiment pas doué et se l’entend dire sans détour. Et même un peu plus dans le dernier couplet…
« Dégage du terrain, tu fais pauvre figure ;
Avec les fautes et les coups tu pourrais bien pleurer.
Tu n’as pas la technique, raccroche les crampons
Si tu veux vraiment jouer, on cherche un juge de touche.
Le jeu n’est pas pour les bouffons, si tu veux un conseil
Il faut savoir s’engager et être bon tireur.
Dans la cage que garde la femme de tes rêves
J’ai déjà mis un but. »

23 juin : « GOLAZO », entrée d’Astor Piazzolla

Avec la qualification de l’Argentine pour les huitièmes de finale, il fallait renforcer les lignes de notre équipe de rêve. Hier, nous avons appelé Carlos Gardel à la rescousse, aujourd’hui, c’est Astor Piazzolla qui va mouiller le maillot. Astor Piazzolla exportait déjà depuis longtemps son tango nuevo hors d’Argentine lorsque le pays reçut en 1978 un Mundial sur lequel la dictature militaire comptait se bâtir une respectabilité.
La victoire finale de l’équipe portée par Mario Kempes n’offrit guère de bénéfice politique international à la junte, mais le pays en souffrance partagea ce moment de football que le compositeur et bandonéoniste salua à sa façon. Il publia un disque dont les titres faisaient référence au ballon rond , comme ce Golazo, qui souligne dans le langage du foot la beauté particulière d’un but qui fera date.

Nous joignons à cette citation sonore deux documents de la presse argentine de la même période où l’on voit Piazzolla en compagnie de figures du sport argentin, notamment le sélectionneur du foot, Cesar Luis Menotti et l’ancien « goleador » du championnat de France Carlos Bianchi, et une photo où le rénovateur du tango se trouve en compagnie du pibe de oro, Diego Armando Maradona, et du chanteur Jairo (à droite), qui lui aussi fit carrière en France et en Europe.

22 juin : « MI PRIMER GOL »

Carlos Gardel

Enfin un peu de poésie argentine à côté de ce monde de brutes que nous offre le foot français… Nous l’avions jusque là tenu en réserve, sur le banc de notre équipe de stars du tango. Mais il est l’heure de le faire entrer en jeu. Carlos Gardel, natif de Toulouse rappelons-le, icône absolue de la chanson de Buenos Aires, n’a pas esquivé le thème du football. Il nourrissait d’ailleurs un vrai intérêt pour le jeu, à la fois supporter du Racing mais aussi proche de la sélection argentine et très copain avec José Samitier, vedette du FC Barcelone, auquel il consacra un tango : « Sami ».
Mais nous avons d’abord souhaité vous présenter un petit bijou, Mon premier but, tango du trio M. Bonano-A. Fattorini-O. Pettorossi, que Carlitos enregistra en 1933. Cette pièce chantée avec un trio de guitares file la métaphore du ballon, de la conquête du but victorieux et de la quête amoureuse. Non sans humour, comme le prouve ce premier couplet:
« Sur le terrain de ma vie, j’ai voulu tenter ma chance
et porter les couleurs de l’espoir dont j’avais rêvé :
J’ai esquissé un dribble mais avec ta défense
tu m’as prestement stoppé et il n’y a rien eu à faire.
Mais je ne me suis pas découragé et en regardant bien, j’ai trouvé l’ouverture
Dans le mur de tes yeux, j’ai planté le tir décisif mais à nouveau
alors que j’étais démarqué et tout près de ton but
le sifflet de ton père à décrété : Hors-jeu! »

Gardel chante : « orsai », argentinisme dérivé de l’anglais « offside », le hors-jeu… paternel ou footballistique.

21 juin : « MESSI, TANGO, AMOR Y GOL »… entre autres…

Le tango n’a pas attendu les dribbles de Leo Messi contre la Corée du Sud (4-1) pour tisser des louanges au petit prodige de Barcelone et de la sélection argentine. Lorsqu’il a reçu le ballon d’or France-Football en 2009, les hommages que nous vous proposons aujourd’hui existaient déjà sur la toile. Ce premier tango chanté par Javier Montes n’est certes pas impérissable, il tient davantage de la kermesse de quartier que des chefs-d’oeuvre du genre et nous rappelle cette injonction d’André Hardellet qui nous invitait dans « Lourdes, lentes… » à admettre enfin « les vertus de la mauvaise peinture ». On se croirait projeté cinquante ans en arrière, alors que le tango, face à la déferlante de la musique anglo-saxonne, se trouvait totalement ringardisé dans son propre pays. Ce tango pour Messi aux vers de mirliton n’en est pas moins un hommage d’une touchante ingénuité. Alors, on a craqué…
Plus intéressant est le tango écrit par le bandonéoniste Marcelo Mercadante, musicien argentin établi à Barcelone, en compagnie de Pablo Marchetti, directeur de la revue « Barcelona ». Le morceau figure sur le CD « Tachar nostalgias » et habille aussi cette vidéo qui compile quelques arabesques « messiesques ». Le texte est un écho moderne aux grands tangos populaires sur le même thème, où le héros échappe à sa condition grâce au football. Il souligne en outre les racines argentines de Messi, « exilé » en Catalogne à l’âge de 13 ans.

20 juin : « BOCA JUNIOR »


Nous avons rendu largement hommage aux rivaux d’Avellaneda, le Racing et Independiente, le jour est venu de saluer Boca Junior. qui fêta son centenaire en 2005,  c’est dire quelle institution est, dans le foot argentin le vieux club « xeinense ». Plusieurs tangos lui ont été dédiés, celui que nous vous proposons a été écrit par Roberto Sciammarela et enregistré par l’orchestre de Miguel Caló avec la voix de Roberto Arrieta. C’est un enregistrement de 1954.

19 juin : « GOL ARGENTINO »… et un peu plus


Dans l’état de déliquescence où se trouve l’équipe de France, réchauffons-nous au souffle épique du football celeste y blanco avec ce « But argentin », de Hector Marcó, porté par la voix profonde de Edmundo Rivero alliée au quatuor de guitares de Roberto Grela. Le chanteur l’enregistra une première fois en 1961 et le reprit en 1978 à l’occasion du « Mundial » dans son pays. « L’étoile du football brille sur La Plata/ Elle est née sur un terrain vague et d’un pied sans chaussure/ D’un pied de souriceau et d’un quartier de tôles/ Et c’est toute la banlieue qui shoote derrière l’équipe… » C’est un tango de célébration assez classique mais il marque un réel intérêt de ce très grand soliste pour un thème vers lequel il revint à deux reprises au moins.
Rivero enregistra également en 1953 dejelo señora , une pièce de Miguel Bonano et Degrossi, qui rebat le thème du gamin rêvant de devenir un grand footballeur. Dans ce « Laissez-le, madame, laissez-le jouer », l’auteur demande à la mère du gosse de se montrer indulgente et relève une fois de plus la dimension populaire du jeu : « Dans tous les quartiers du grand Buenos Aires, comme ce gosse-là ils sont mille autres gosses, qui shootent et shootent encore… » (le texte original emploie l’anglicisme « shoteando y shoteando », comme souvent dans le vocabulaire du… futbol).
Rivero n ‘en est pas resté là puisqu’il a aussi enregistré, parmi ses nombreux tangos en lunfardo (argot portègne) ce « Pelota de cuero » (ballon de cuir, par opposition à la « Pelota de trapo », balle de chiffon et titre d’un autre tango) qu’il a co-écrit avec Hector Marcó. On entend ce tango dans le film éponyme de Armando Bo (1963). Un autre tango, « La pelota de cuero », est l’oeuvre du chanteur Raul Lavié. La tonalité en est très différente, le texte est assez délirant et raconte que dans « une base spatiale bien cachée des espions », « avec ce lance-pierre géant tendu par cinq mules, nous expédierons dans un ballon de cuir trois gauchos dans la lune ». Le foot revu par Meliès…

18 juin : « SE JUEGA », UN APPEL AMOUREUX

Chico Novarro et Ruben Juarez

L’amour du football, son langage même, flirte assez spontanément dans le tango avec le discours amoureux. Nous vous en donnerons bientôt un aperçu avec Carlos Gardel, el troesma (maestro en verlan) en personne. Mais au lendemain de la pétulante victoire argentine contre la Corée du Sud (4-1), saluons la souplesse de plume de Chico Novarro, à qui l’on doit quelques-unes des plus belles chroniques sentimentales du quotidien portègne en chanson (« Cantata Buenos Aires », « Un sabado mas », « El ultimo round »…) dans le mouvement de rénovation des années 60-70, où il s’est imposé près du trio majeur formé par Horacio Ferrer, l’auteur des grands tangos-chansons d’Astor Piazzolla, Eladia Blazquez et Hector Negro (un immense cinglé de foot, celui-là).
Il faut un courage certain au jeune homme de ce tango, « Se juega », pour donner rendez-vous a sa belle à l’heure même où joue son club chéri (Racing en l’occurrence mais rien n’interdit à l’interprète de chanter… River s’il soutient Los Millonarios). En ce dimanche après-midi au ciel plus qu’incertain, le voici donc partagé entre l’attente fébrile de sa promise et le remords de laisser tomber ses couleurs… Un écartèlement.
Les vers de Novarro sont posés sur la partition, la voix et le bandonéon du très regretté Rubén Juárez, de l’avis de beaucoup le plus grand talent tanguero des ces quarante dernières années, qui vient de nous quitter. La direction musicale de l’enregistrement (1982) fut assurée par Raul Garello et une seconde version par José Ogivieki, longtemps le complice de Juárez sur scène et dans les arrangements, notamment à l époque où « El Negro » régentait –drôle de mot le concernant- le café Homero.
Ca joue donc, en ce dimanche après-midi… Fermez les yeux, écoutezla radio sentimentale de Buenos Aires…
« A l’angle d’Ayacucho et Santa Fé / Il est quatre heures moins dix/ et ce dimanche me laisse les mains désoeuvrées/ Un lointain transistor/ Me soufle l’angoisse/ Des tribunes qui se répand sur la ville/ A deux carrés de maisons d’ici, pas plus/ Dans dix minutes Je te verrai paraître/ Au niveau de l’avenue Callao.
Ca joue/ Qu’importe l’humidité, la brume/ Ton amour, c’est une partie de première/ Et je te devine au coin de la rue
Quel malheur,/ Que tu doives rentrer ce soir/ Que je sois un prince sans bagnole/ Qu’il me faille voler ton cœur comme on claque un but
Au coin d’Ayacucho et Santa Fé/ Je tire ma clope et une fois de plus/ L’hiver se faufile au revers de mon manteau/ Pendant qu’un arbitre/ Appelle les équipes au centre du terrain/ Et que les deux kops vont célébrer le début de partie/ A deux blocs d’ici, pas plus/ La finale c’est ton amour/ Et pourvu que tu n’annules pas le match pour cause de mauvais temps…
Ca joue/ Là-bas au Racing Club d’Avellaneda/ Et bien que le ciel gris soit si bas/ Cet après-midi sera ma fête du dimanche
Ca joue/ Et alors que je rêvasse/ Je vais inventer mille actions/ Pour atteindre ce but où niche ton amour »

17 juin : « POMPEYA PARA DIEGO ERA PARIS »

Patricia Barone

Aujourd’hui, l’Argentine revient sur scène contre la Corée du Sud et Maradona nous offrira un nouveau show au bord du terrain. Diego ne joue plus mais concentre toujours les attentions, soleil et parfois soleil noir du foot de son pays. « Tu me parles de Maradona, c’est totalement émotionnel. Il m’a offert toutes les émotions possibles pour un footballeur et, comme homme, lorsqu’il était touché par ses problèmes de drogue, j’aurais pleuré sur son sort », nous avait confié Marcelo Gallardo, une des figures du foot argentin. Rien d’étonnant à ce que la chanson populaire –et pas seulement le tango-, l’aient célébré plus que tout autre, Charly Garcia (« Maradona blues ») et Fito Paez (« Y dale alegria a mi corazon »), poids lourds de la pop, les premiers. Mais on veut s’intéresser ici à une chanson qui appartient au meilleur du répertoire contemporain, «Pompeya para Diego era París », écrit par Alejandro Szwarcman, poète, historien, chroniqueur du tango actuel, sur une musique de Javier Gonzalez et interprétée par Patricia Barone sur l’album Gestacion (2004).

Alejandro Szwarcman

La figure du gamin de Villa Fiorito s’incarne ici très loin des archétypes du genre, avec lesquels joue le texte. Lorsqu’il quitta son bidonville, Diego vit s’ouvrir devant lui le quartier populaire de Pompeya comme si c’était Paris, ville-lumière de la tradition tanguera.
« La première fois qu’il franchit le pont Alsina
Pompeya, pour Diego, ce fut Paris
Devant l ‘église défraîchie, il se signa,
Là-bas, à Fiorito, il savait un autre pays
Où se comptent plus d’orphelins que de repas

Ensuite, vinrent l’insulte et la louange
La croix où il afficha ses stigmates

Peut-être que c’est dur d’être l’Elu
Et de voir son faubourg comme Paris
….
Peut-être que ce fut comme une révélation
Et qu’il comprit mieux que personne ce pays,
Ce pays qui, toujours, rêva d’un roi plébéien,
Pompeya pour Diego, c’était Paris »

Szwarcman a su concentrer en quelques vers toutes les ambigüités, contradictions, d’un personnage appelé à porter tous les pêchés de la société –Christ laïc et allumé- et en même temps, toutes les ambiguités du regard que l’Argentine fixe sur son idole. C’est à la fois sensible et foudroyant, d’un pessimisme lucide qui porte la plupart des tangos de ce poète très apprécié des interprètes actuels. « J’ai aimé chanter ça, nous a confié Patricia Barone, parce que c’est un thème populaire traité d’une façon non-populiste (…) Rien de complaisant. Ici, on parle de Maradona comme porteur d’une réalité nationale, dans ce pays qui a « toujours rêvé d’un roi plébéien ».

16 juin : RACING CLUB, « LA ACADEMIA »
Nous aurions manqué d’élégance après avoir célébré Independiente, de ne pas évoquer son grand rival d’Avellaneda, le Racing, particulièrement chéri des tangueros qui lui ont consacré nombre d’hommages. La partition présentée ici est un tango qui célèbre la victoire du club dans le championnat 1961, l’avant-dernier qu’il remporta avant une interminable éclipse de 1966 à 2001… Mais lorsqu’on pense tango et que l’on dit Racing, c’est bien sûr celui de Vicente Greco, écrit dès 1911, qui vient à l’esprit. Il devint très vite un hit de la musique populaire portègne, enregistré par de grands référents du genre : Roberto Firpo en 1913, Francisco Canaro en 1915, et à l’âge d’or des orquestas tipicas, par les formations de Carlos di Sarli en 1940, de Angel D’Agostino en 1946, Alfredo Gobbi fils en 1941 et Rodolfo Biagi en 1950. Aujourd’hui encore, cette pièce est jouée et peut faire le bonheur des danseurs mais aucun chanteur ne se risquerait à reprendre les paroles grandiloquentes de Carlos Pesce

« Noble club avec une grande tendresse
te suit la jeunesse
qui s’est tant enthousiasmée
et saura toujours t’encourager
parce que tu es le Racing Club
la gloire de l’âge d’or… »

En matière de poésie tanguera, on est loin des Manzi, Castillo et autres Le Pera. Mais le surnom du Racing, « La Academia », méritait sans doute ce couplet pompeusement… académique. Heureusement, d’autres hommages beaucoup plus subtils furent rendus au club chéri du maestro Carlos Gardel. Nous y reviendrons.

15 juin : INDEPENDIENTE CLUB

Nous avons jusque là plutôt mis en avant des tangos scénarisant les historiettes, les archétypes du tango-chanson lorsqu’il s’approche des stades. Mais beaucoup de tangos se relient au football simplement par leur titre, qui fait dédicace et rend hommage à un club, à un joueur, ou célèbre un succès particulier. Ils sont d’ailleurs les plus nombreux dans un corpus de répertoire que l’historien et collectionneur Hector Lucchi a évalué à plus de 200 pièces. Ces tangos de « célébration » sont souvent des instrumentaux.
Deux d’entre-eux, parmi les plus anciens, sont devenus de très grands classiques du 2×4 : « Racing Club », de Vicente Greco, fut écrit en 1911 par le célèbre bandonéoniste de la Guardia Vieja pour ses premiers enregistrements chez « Columbia ». Le club dominait alors le championnat (7 titres consécutifs de 1913 à 1919) mais la riposte de l’adversaire ne tarda pas. D’autant plus qu’elle vint du club voisin, « Los Rojos » d’Independiente, qui remportèrent le premier derby d’Avellaneda le 9 juin 1907.

Dès 1916, Agustin Bardi composait donc « Independiente Club », à la gloire de cet autre grand du foot argentin dont l’esprit offensif allait éblouir les années 1920 avec une génération d’attaquants où figuraient notamment Canaveri, Lalin, Ravaschino, Seoane et Mumo Orsi, qui connut un extraordinaire destin comme musicien… et footballeur (nous lui dédierons un espace particulier dans cette série). Nous avons mis ici en lien l’interprétation de l’orchestre d’Alfredo Gobbi, via le site argentin Todo Tango.
Nota:  Les deux illustrations viennent du dossier de présentation d’une exposition consacrée au football  au musée de la ville de Buenos Aires.

14 juin : « LA GLORIA », GOTAN « FEATURES » VH MORALES


Il y a deux mois, Gotan Project a sorti un nouvel album intitulé « 3.0 », bien dans la ligne de ses productions précédentes, habiles et élégantes. Il cultive avec soin l’expression d’un moderne internationalisme tanguero qu’il nous sert à nouveau rehaussé de vidéos dont ce clip sur le titre « La Gloria » où le groupe s’est adjoint le concours d’un des relatores vedettes des médias sportifs argentins, Victor Hugo Morales. Ce dernier présente les musiciens du Gotan Project comme s’il commentait une action de but, procédé déjà utilisé dans l’histoire passée et présente du tango, mais plutôt comme simple collage ou sample sur un morceau, alors que l’intervention de la star de Radio Continentale, son flow, se fondent là totalement dans la pièce.

Uruguayen, V. H. Morales occupe une place à part dans les médias argentins. Il entra dans l’histoire du foot national en commentant notamment le but historique de Maradona contre l’Angleterre en 1986, avec un lyrique et fameux « cerf-volant cosmique, de quelle planète arrives-tu pour avoir semé en chemin autant d’Anglais? Pour que le pays ne soit plus qu’un poing dressé qui hurle: Argentine 2, Angleterre 0 «  (et là, on vous la fait courte…). Mais surtout, ce multi-cartes du journalisme portègne vit une passion incandescente avec l’opéra, la musique classique et le tango (via Astor Piazzolla), auxquels il a consacré et consacre encore divers programmes. Lorsqu’il est de passage à Paris, vous le trouverez plus sûrement à l’opéra Bastille ou à Pleyel qu’au Parc des Princes.

13 juin : « LA MASCOTA DEL BARRIO »


Pour accompagner ce troisième jour de compétition et célébrer l’entrée victorieuse de l’Argentine contre le Nigeria (1-0), voici « La mascotte du quartier ». Elle est née, comme « La numero 5 » et « El sueño del pibe », nos tangos précédents, de la plume de Reinaldo Yiso, toujours fertile dès qu’il s’agit de mettre en scène les espérances qu’allume le football dans les yeux des enfants. Et toujours avec son goût du mélodrame populaire, Yiso écrit cette fois sur la musique d’Abel Aznar, en 1946, l’histoire d’une renaissance qui prolongera le succès du « Rêve du gamin », notamment dans l’interprétation de l’orchestre d’Osvaldo Pugliese accompagnant un de ses chanteurs vedettes, Roberto Chanel.
Le buteur de l’équipe des Onze Etoiles se brise la jambe lors d’un match et se retrouve en fauteuil roulant. Impuissant, il écoute les jeunes qui lui ramènent du stade l’écho des défaites de l’équipe désormais privée de son talent. Une longue frustration. Jusqu’à ce que…
« Passe le temps et par un beau dimanche
le môme, enfin, peut quitter son fauteuil.
Il allait être à nouveau la mascotte du quartier,
Il allait être à nouveau un très grand buteur ».

On retrouve dans le texte du tango une nouvelle allusion à un crack de l’époque de Yiso, Bernabé Ferreyra, grande figure du CA River Plate avec qui il gagna trois championnats d’Argentine et fut une fois meilleur buteur dans les années trente. « La Fiera » (La Bête, un de ses surnoms) avait déjà pris sa retraite lorsque Yiso écrivit ce tango.

12 juin : « EL SUEÑO DEL PIBE »… MARADONA

L’entrée en jeu de l’Argentine face au Nigeria ne pouvait être célébrée autrement qu’avec ce « Rêve de gosse »  que Maradona en personne chanta à la télévision argentine au temps de sa splendeur… Ce tango de Juan Puey pour la musique et Reinaldo Yiso pour les paroles semble raconter l’histoire même du pibe de oro, mais il a été écrit en 1945, alors que l’actuel sélectionneur argentin n’était pas né. Il met en scène la classique histoire du môme sorti de sa très humble condition pour rejoindre le club où il deviendra une vedette, rencontrant succès, gloire et argent.
« Le garçon s’endormit et fit cette nuit-là le rêve le plus beau que l’on puisse rêver :
stade plein, dimanche glorieux, enfin il arrive en Première…
Une minute à jouer, c’est 0 à 0, il pousse la balle, déterminé,
les dribblant tous, il arrive face au goal et d’un tir magistral fait basculer le score »
.

On dirait presque la description du but historique de Diego en Coupe du Monde contre les Anglais (non, pas « la main de Dieu », l’autre…). Dans ce tango, Yiso cite quelques-uns des joueurs vedettes de l’époque : Baldonedo, Martino, Boyé et le grand Bernabé Ferreyra, dit La Fiera. Maradona, reprenant la chanson, cite lui, les joueurs de son temps, Mario Kempes ou… Maradona. Au-delà de cette coquetterie, on mesure dans l’interprétation du joueur ( voyez la vidéo) tout le soin qu’il apporte à ne pas abîmer ce classique popularisé par de nombreux orchestres. Il se débrouille plutôt bien, le Pibe… A l’occasion d’une rencontre avec Rodolfo Montironi, un des grands talents de l’école de bandonéonistes de Rosario, « Cholo » nous avait confié avoir croisé Maradona lors d’une émission de télévision en Espagne, où « El Diez » avait à nouveau accepté de chanter un peu de tango. Montironi, qui l’accompagnait, avait été frappé par le sérieux qui l’animait.
Mais Maradona lui-même, amateur de musique(s), s’en est expliqué dans une publication argentine spécialisée : « Je me considère comme un tanguero, y disait le fils de Villa Fiorito, mon père l’est aussi et depuis que je suis gamin il m’a appris à apprécier le tango (…) Il me semble que si un gamin de mon âge à l’occasion d’écouter des disques de Gardel sans préjugés, il va les apprécier. C’est impossible de ne pas les aimer ». C’est dit. Tempérament bohême, artiste de la balle, Maradona sait reconnaître le talent et sa brûlure. Ses plus récentes prestations musicales n’ont guère eu à voir avec le tango de l’âge d’or mais son « rêve de gosse » restera une très jolie révérence à la chanson portègne.

11 juin : « LA NUMERO 5 »

Le jour du match Uruguay-France (0-0) était l’occasion de rappeler que le tango appartient aux deux rives du Rio de La Plata, en ouvrant cette série avec un classique signé O. Cufaro et R. Yiso, « La Numero 5 », dont l’argument fait précisément référence au football uruguayen.

« Demain, vous jouez le clasico

je donnerais ma vie pour le voir, pour y être

hurler pour mes couleurs, mes couleurs tant aimées

mais ce n’est pas possible car je suis ici

depuis longtemps, deux ans plus ou moins,

dans cette salle de l’Hôpital Muñiz

où j’écoute le championnat, où je sais tout

de la glorieuse saison de mon team « …

Le gamin, malade, ne rate rien depuis son lit de souffrance de la saison de son club, et écrit au capitaine de son équipe, en l’occurrence le Peñarol de Montevideo. Ce dernier va se déplacer avec tous ses coéquipiers le lendemain du match pour offrir le ballon à son jeune supporter malade. Ce tango très typique de la manière de Yiso, poésie naïve et jouant sur une sensiblerie un peu démagogique, trouve écho dans une anecdote liée à un match Peñarol-Nacional de Montevideo. Le numéro 5 de Peñarol, Wilmar Everton Cardana, défenseur réputé pour sa dureté dans le jeu mais ému par la lettre du gamin, emmena en effet ses coéquipiers visiter le jeune José Petunio Inveninato. La visite tourna au vinaigre car le môme vexé de la défaite des siens jeta le ballon à la tête de Cardana… qui lui fracassa quelques côtes en lui assenant un tacle sauvage !… Mais cela, c’est l’histoire telle que l’a racontée dans un recueil de contes, « El mayor de mis defectos », l’humoriste de Rosario Roberto Fontanarrosa, grand amateur de football et supporter de Rosario Central, disparu en juillet 2007 .

L’interprétation qui est donnée ici en lien est celle de l’orchestre du violoniste Alfredo Gobbi, en 1951. Le chanteur est Jorge Maciel et l’on entend aussi la voix du commentateur vedette du football uruguayen de l’époque, Fioravanti.

…………………….
Voici également  l’article que France Football avait consacré au tango et au football à l’occasion d’une exposition que j’avais organisé avec la médiathèque d’Issy les Moulineaux :
« Footango », une poésie partagée

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Un commentaire

  1. bonjour Jean-Luc

    Super intéressant…. et très sympa !
    Bon courage pour cette coupe du monde qui est assez hors du commun !!!

    bises

    sylvie


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